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Guédelon, le château pour remonter le temps

Guédelon «Un laboratoire permanent»

« Guédelon a joué un rôle d’aiguillon. Et nous a permis d’accroître nos connaissances. »

Anne Baud l'a expliqué dans le journal «La Croix» du 2 juillet 2017

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Professeur d’archéologie à l’université de Lyon,
membre du comité scientifique de Guédelon
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Emblème de « l’archéologie expérimentale », ce chantier médiéval apporte
son lot d’informations à la science des châteaux, la castellologie.


Quel rôle un chantier comme Guédelon joue-t-il auprès des archéologues et historiens ?

Anne Baud :

Depuis son lancement il y a vingt ans, le chantier du château médiéval de Guédelon a évolué. Et nous avec.
Au début, archéologues, castellologues, historiens, architectes, ingénieurs et artisans avons plutôt apporté des conseils basés sur
nos connaissances et analyses récentes du bâti médiéval, sur le mortier par exemple. Puis, progressivement le processus s’est
inversé. La réalisation sur le terrain a apporté des réponses à des questions que nous nous posions sur d’autres chantiers d’étude
et/ou de restauration de châteaux, d’églises, de prieurés ou d’abbayes comme celle de Cluny (XIe siècle). Ou bien à des questions
pertinentes des visiteurs sur la nature des fenêtres (papier huilé, verre, vitraux, auvents en bois), ou bien encore sur le coût
des différents types de taille des pierres que nous avons retrouvé dans les comptes de châtellenie
des XIIIe et XIVe siècles.

Guédelon a-t-il vraiment fait avancer la connaissance ?

Anne Baud :

Guédelon a joué un rôle d’aiguillon. Et nous a permis d’accroître nos connaissances, que nous avons rassemblées dans des publications (au moins une dizaine de livres universitaires et grand public, ainsi que des articles dans des revues archéologiques) ou bien encore présentées à nos étudiants dans le cadre de séminaires à l’université de Lyon ou lors d’un premier colloque organisé à Guédelon en 2015. Cette démarche est donc à la fois intellectuelle et scientifique, pratique et technique, tournée vers les praticiens du bâti que sont les architectes, les tailleurs de pierre, bref, les métiers du bâtiment et du bois. Et vers le public, y compris le public non averti, puisqu’il peut poser directement des questions à l’artisan. Une expérience très vivifiante et rare, si ce n’est unique au monde.

L’objectif étant de construire un monument, ne doit-on pas parfois rester empirique ?

Anne Baud :

Participer au chantier d’archéologie expérimentale de Guédelon nous amène à nous glisser dans le personnage du constructeur, du maître d’oeuvre de l’époque, avec son cortège de transmission orale (il n’y avait pas beaucoup de plans), de savoirs empiriques transmis de bouche à oreille, de gestes, de coups de main progressivement plus efficaces, acquis à la suite de montages et démontages, d’essais et d’erreurs. Ce qui nécessite un changement de fonctionnement mental par rapport à ce que je fais d’habitude, à savoir analyser et dépecer un mur, une fondation, un parement, un enduit. Cette expérience au long cours confirme l’intérêt et l’attraction de cette démarche pour le public. C’est tout de même autre chose que de visiter un château-musée, un peu figé, aussi beau et original soit-il !

Cette démarche d’archéologie expérimentale satisfait-elle également les scientifiques ?

Anne Baud :

Relativement jeune, l’archéologie expérimentale, longtemps regardée avec méfiance par certains scientifiques, a
maintenant acquis ses lettres de noblesse et permis d’élucider des problèmes, de résoudre des énigmes. Ainsi en est-il, à Guédelon
même, de la construction d’un moulin hydraulique du XIIe siècle par Gilles Rollier, archéologue à l’Inrap ; de l’édification
d’un four de potier par Véronique Durey, archéologue médiéviste ; de la fabrication de céramiques et de tuiles au
musée gallo-romain de Saint- Romain-en-Gal (Rhône) ; de la taille de silex sur le site préhistorique de Pincevent (Seine-et- Marne)
par les archéologues du CNRS ; ou encore, de la découpe d’un boeuf avec des silex taillés par des archéozoologues de l’Inrap et de l’université de Bordeaux.
Guédelon est un projet en perpétuel aménagement, renouvellement. Ainsi en est-il de l’installation du moulin du
XIIe siècle fonctionnel et unique en France, et du projet de bâtir un « bourg castral ». Personne n’a mené un tel projet ni en Europe
ni aux États-Unis (un projet en Arkansas n’a pas abouti), excepté peut-être le château de Geiersberg (XIIe siècle), près de
Friesach en Carinthie (Autriche), qui a, semble-t-il, été en partie restauré à l’ancienne.

Recueilli par Denis Sergent


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© A Moreaux (01 Juillet 2017)
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