L’Antarctique se réchauffe et verdit

Ces dernières décennies, la végétation a poussé plus vite sur la partie la plus excentrée du pôle Sud, la péninsule antarctique.

Le continent antarctique, presque complètement couvert de glace, héberge quelques végétaux, dont des algues marines et des mousses terrestres, depuis au moins les années 1960 (1). Ainsi, en 2013, des géographes et biologistes des universités d’Exeter et Cambridge (R.-U.) avaient déjà observé des mousses au sud de la péninsule antarctique, qui s’étend entre 85°S côté pôle et 60°S côté pointe chilienne. Ils avaient alors déjà constaté une croissance accélérée de ces mousses sous l’effet de la montée de la température de l’air.

Aujourd’hui, les choses se confirment : la vie végétale existe sur environ 0,3 % du territoire, et la quantité de mousse et son activité biologique ont augmenté depuis les cinquante dernières années, à en croire l’étude parue dans Current Biology du 18 mai 2017. Les chercheurs ont analysé cinq carottes prélevées dans des couches de mousse (issues du permafrost, qui se préservent très longtemps grâce au froid), en trois emplacements distants d’environ 600 km le long de la péninsule antarctique sur les îles Green, Ardley et Elephant, où les couches de mousse sont les plus épaisses et les plus anciennes, couvrant ainsi une période de 150 ans. « La température monte d’environ 0,5°Celsius par décenniedepuis à peu près la moitié du siècle dernier dans l’Antarctique, ce qui a un effet majeur sur la croissance de la mousse dans la région », explique Matt Amesbury, géographe à l’université d’Exeter. De plus, les précipitations se sont accrues et les vents sont plus forts. En fait, la péninsule antarctique est l’une des régions de la planète ayant connu le réchauffement le plus rapide depuis les années 1950.

« La sensibilité de la pousse de la mousse à la montée de la température dans le passé laisse penser que l’altération des écosystèmes se produira rapidement avec le réchauffement planétaire en cours, ce qui entraînera des bouleversements dans la biologie et dans le paysage de cette région emblématique », prédit Dan Charman, directeur de l’étude. « On pourrait voir l’Antarctique devenir de plus en plus vert, comme cela a déjà pu être observé en Arctique », résume-t-il.

Pour l’heure, les scientifiques prévoient d’analyser des carottes de mousse sur plusieurs milliers d’années et espèrent déterminer comment le changement climatique a affecté les écosystèmes avant la révolution industrielle de 1850.

(1) Dont le Polytrichum strictum, une mousse vivant également au Canada ou dans les îles Orcades, archipel subarctique situé au nord de l’Écosse.

journal.la-croix.com du 30 mai 2017

retour vers la page "Acceuil"


5992 iéme visite - depuis le 1 Avril 2016
Il y a 1 visiteur connecté au site.